Dictionnaire perdu
Des mots en perdition...






Catachrèse (n.f.) (gr. katakhresis = "abus")
Utilisation abusive d'un mot au-delà de son sens habituel. Elle constitue le mécanisme élémentaire de tout trope.
Ex. : parler des "pieds d'une table", des "cheveux d'une comète", des "ailes d'un moulin".
L'oubli de la raison d'être initiale de la catachrèse peut conduire à des juxtapositions insolites : du rouge à lèvre rose, un plat creux, un frigidaire Arthur Martin, un verre en carton...
N.B. C'est une des expressions favorites du capitaine Haddock.

Aporie (n.f.) (gr. a privatif, poros = "chemin")
Contradiction sans issue.



Dulcifier (v.t.) (lat. dulcis = "doux")
Tempérer l'amertume de certaines substances.










Psychomaturgie (n.f.) (gr. psycho = "esprit", maturgie = "création")
Méthode d'eugénisme intellectuel visant à l'amélioration des capacités psychologiques de l'individu.
Ex. : Comment atteindre l'illumination ou manipuler son prochain ?
N.B. Mot créé par moi-même en 1999.



Synecdoque (n.f.)
Figure de rhétorique consistant à prendre la partie pour le tout (ex : un toit pour une maison), la matière pour l'objet (ex : une fourrure pour un manteau de fourrure), le contenant pour le contenu (ex : boire un verre), etc, et inversement.



Verbicruciste (n.m.) (lat. verbum = "mot", crux = "croix")
Néologisme utile désignant l'auteur des problèmes de mots croisés.
A opposer au cruciverbiste.




Miscellanées (n.f.pl.) (1570;lat. miscellanea = "choses mêlées")
Mélanges scientifiques ou littéraires.
Ce terme doux, harmonieux et utile pourrait et devrait, au même titre que sa traduction anglaise, être utilisé et réutilisé fort à propos.

Trope (n.m.) (gr. tropos = "tour, manière")
Figure de style ; emploi des mots hors de leur usage habituel.
Ex. : les antonomases, catachrèses, métaphores, métonymies et autres synecdoques.









Plastonomie (n.f.) (gr. plastie = "modeler", onoma = "nom")
Méthode consistant à créer des néologismes à partir de racines grecques ou latines piochées aléatoirement. De savoureuses perles peuvent en être extraites !
EXEMPLES
N.B. Mot créé par moi-même en 1999.
N.B.bis : Et rendons hommage à Umberto Eco qui a pensé, entre autres, à l'orchopercussion, la luthomiction et l'hellénépiphanisation...



Prodrome (n.m.)
Phénomène avant-coureur.









Amphigouri (n.m.) (1748 ; origine obscure : amphi- + allégorie ?)
Ecrit ou discours burlesque rempli de galimatias





Tolérance (n.f.)
Cessation de tout conditionnement. La tolérance n'a donc rien à voir avec la mièvrerie prônée par quelques jongleurs sémantiques.

Solécisme (n.m.)
Emploi syntaxique fautif de formes par ailleurs inexistantes.
Ex. : "C'est nous qui sont les champions du monde".






Arobe ou arrobe (n.f.)
Nom donné depuis 500 ans au "@" et normalisé récemment :
.a commercial (AFNOR)
.arrobe (ISO/CEI 10646-1).
En typographie : arobase, en anglais : arobace
En Internet français : chez, en anglais : at
L'origine de la forme de ce signe serait la ligature latine de ad ("à" en français) où le a et le d cursifs de l'onciale (ad penché vers l'avant) ont fini par se confondre.
Une thèse parfois contestée affirme que son appelation graphique est on ne peut plus française : ce sont des imprimeurs bien de chez nous qui ont tout simplement désigné ce caractère par ses éléments descriptifs "a-rond bas (de casse)" ("bas de casse" signifie "minuscule", la version majuscule ayant également existé).
A tout prendre, pour être puriste et ne pas faire de cadeau supplémentaire à la langue anglaise, essayons d'utiliser le latin ad !



Perluète ou pirlouète ou esperluète (n.f.)
Nom donné autrefois au "&".
Le Larousse encyclopédique de 1936 indiquait que ce caractère était la vingt-septième lettre de l'alphabet et qu'il était utilisé dans une comptine enfantine à la fin de l'énumération de l'alphabet.
Le mot anglais correspondant est ampersand.

NB : Le caractère ¶ s'appelle "pied de mouche".






Gibbeuse et Balsamique sont les noms des phases de la Lune, respectivement, de part et d'autre de la Pleine Lune, et de part et d'autre de la Nouvelle Lune.







Loxodromique (adj.) (gr. loxos = "oblique", dromos = "courbe")
Qui garde un cap constant.
Ex. : Il était trop loxodromique pour pouvoir faire de la politique.











Synéisaktisme (n.m.)
Pratique ascétique consistant à s'entourer de femmes nues pendant un certain délai en tentant de ne pas succomber à la tentation.







Logatome (n.m.) (gr. logos = "discours", tomos = "morceau coupé")
Syllabe ou suite de syllabes appartenant à une langue, mais ne formant pas un mot ou un syntagme significatif.
Ex. : le mot "démocratie"




Catimini (en) (loc. adv.) (gr. byzantin katamênia = "menstrues" croisé avec le picard catte-mini = "chatteminette")
Expression délaissée, aussi charmante mais plus ancienne (fin XIVe s.) que "en tapinois" (1464).



Holarchie (n.f.)
Hiérarchie des holons, terme créé par Arthur KOESTLER pour désigner l'élément qui est à la fois un tout autonome et une partie subordonnée à un ensemble plus vaste.



Apotropaïque (adj.) (gr. apotrepein = "détourner")
Se dit d'un objet, d'une formule visant à détourner les influences maléfiques.
Ex. : un pin's jaune ayant eu beaucoup de succès il y a quelques années dans un petit pays dont je ne me souviens plus le nom et aujourd'hui disparu...








Dressage (n.m.)
Dresser un être : l'établir droit en lui-même.

 


Coquecigrue (n.f.) (1534, Rabelais = "animal chimérique" = coq+ciguë+grue)
Baliverne, absurdité




Procrastination (n.f.) (lat. pro- et crastinus = "du lendemain")
Tendance à tout remettre au lendemain.



Citoyen (n.m.) (de cité)
Celui qui n'a que des devoirs (d'où "con citoyen") par opposition à l'habitant de la cité qui, lui, n'a que des droits.
Terme dont se gargarisent (sous sa forme adjectivale), certains "intellectuels" sinistrobourgeois contemporains qui n'ont jamais mis les pieds dans une cité d'aujourd'hui.

Pollicitation (n.f.) (lat.jurid. pollicitatio = "offrir, promettre")
Offre exprimée mais non encore acceptée.
Ex. : Le programme de la plupart des hommes politiques ne sont que pollicitations (autrement dit, il n'engage personne et surtout pas eux)
Expr. : Ne vaut pas pollicitation = à titre indicatif













Zeugma (n.m.) (gr. zeugma = "lien")
Construction qui consiste à ne pas énoncer de nouveau, quand l'esprit peut les rétablir aisément, un mot ou un groupe de mots déjà exprimés dans une proposition immédiatement voisine.
Ex. :
-Hier, j'ai sauté la bonne et le repas (P. Desproges).
-Pourquoi ne faites-vous pas un saut en haut, chez moi ? J'ai des verres en papier et l'après-midi libre (U. Eco, Le Pendule de Foucault).
-Buvons à nos femmes, à nos chevaux, et à ceux qui les montent... (tradition de la cavalerie).
-Il tira son épée et des plans sur la comète.

Métonymie (n.f.) (gr. meta = "changement", onoma = "nom")
Figure de rhétorique dans laquelle un concept est dénommé au moyen d'un terme désignant un autre concept, lequel entretient avec le premier une relation d'équivalence ou de contiguïté (la cause pour l'effet, la partie pour le tout, le contenant pour le contenu, etc.).
Ex. :"La salle applaudit" (pour "les spectateurs" )
Un autre très bel exemple est celui du bureau qui a d'abord désigné le tissu recouvrant une table de travail, puis cette table elle-même (j'écris sur mon bureau), puis la pièce et enfin par extension les personnes qui s'y trouvent régulièrement (le bureau de l'association a élu son président).





Misonéisme (n.m.) (gr. misein = "qui déteste" et neos = "nouveau")
Hostilité à la nouveauté, au changement.
Ex. : un rationaliste sceptique n'est souvent qu'un misonéiste.
NB : Ce terme n'est pas voué à disparaître, rassurez-vous !



Anomie (n.f.) (gr. anomia = "absence de loi")
Terme employé par Durkheim pour signifier l'absence, la confusion ou la contradiction des règles sociales. En résultent une désorientation des cellules individuelles et collectives, et une désorganisation du groupe.
Toute ressemblance avec la situation en France ne serait que pertinente observation !


















Apocope (n.f.) (gr. apokopa, de apokopein = "retrancher")
Chute d'un phonème ou d'une syllabe à la fin d'un mot.
Ex. :
-Télé pour télévision
-Prof pour professeur
-Pneu pour pneumatique
-Micro pour microphone ou micro-ordinateur
-Sous-off pour sous-officier
-Cocon pour co-conscrit (= élève de l'X, école militaire, les élèves sont "conscrits" ensemble)
-contrairement aux apparences, "con" n'est pas l'apocope de contribuable

Sérendipité (n.f.) (construit d'après l'anglais serendipity)
Fait de réaliser une découverte inattendue au cours d'une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte. Ce terme a été créé en 1754 par Horace Walpole pour désigner des « découvertes inattendues, faites grâce au hasard et à l’intelligence ».

Mystique (n.m.)
C'est quelqu'un qui sait que nous sommes mortels, que tout va disparaître, qu'il n'y a rien de permanent. Quand nous en devenons conscient, tout se présente à nous comme un miracle. Chaque moment devient exceptionnel. Plus personne n'est mystique de nos jours, sauf peut-être quand il est trop tard... et encore...

Ergovore (adj.) (gr. ergon = "travail, force" et lat. vorare = "dévorer")
Défini une personne ou un acte coûteux en énergie et en temps.
Ex : un con est ergovore, souvent en pure perte... (l'ergovore est, par principe, chronovore)
NB : l'adjectif énergovore, mal construit étymologiquement est cependant acceptable car plus parlant.



Antonymie (n.f.) (gr. anti = "contre", onoma = "nom")
Rapprochement de deux corrélatifs de sens contraire.
Ex. : parler d'"art urbain (tag)" ou de "culture rap".
Les exemples qui précèdent peuvent également être considérés comme des antinomies ou des antiphrases... et n'oublions surtout pas l'oxymoron, cette figure de réthorique qui allie deux mots de sens incompatibles pour leur donner plus de force expressive.

Pandiculation (n.f.)
Étirement généralisé des muscles.
Ex. : Tel M.Jourdain, mon chat fait de la pandiculation sans le savoir !












Canaille (n.f.)
Terme désuet ancêtre de notre moderne "racaille".
Concours du jour : trouver le mot forcément nécessaire qui remplacera "racaille" dans 100 ans !... n'en déplaise aux utopistes et autres humanistes rousseauistes...



Apophénie (n.m.) (gr. apo = "éloigné" et phaino ="faire briller"). )
L'apophénie consiste à voir des motifs là où il n'en existe pas vraiment. Il s'agirait d'une altération de la perception, qui conduit un individu à attribuer un sens particulier à des évènements banals en établissant des rapports non motivés entre les choses.
Paréidolie (n.f.) (gr. para = "faux" et eidolon = "diminutif d'eidos, apparence, forme")
La paréidolie désigne un type d’illusion qui fait qu’un stimulus généralement visuel, vague ou ambigu, est perçu par un individu comme clair et distinct et est rapproché d'une forme physique connue.
Ex. : Paréidolie et apophénie permettent aux sceptiques patentés d'expliquer tous les phénomènes paranormaux et ainsi de dormir sur leurs deux oreilles avec le sentiment du devoir accompli.



Bilithoplaste (n.f.) (lat. bi = "deux" et gr. lithos = "pierre" et plaste ="qui crée").
Celui qui fait d'une pierre, deux coups.








Anaphore (substantif féminin) (gr. anaphorá = "reprise").
Figure de style qui consiste à commencer des vers, phrases ou ensembles de phrases ou de vers, par le même mot ou le même syntagme. Elle rythme la phrase, souligne un mot, une obsession...
2012 nous a montré un bel exemple d'obsession - "Moi, président..." - avec cependant un manque manifeste de style peut-être dû à un excès de normalitude...
Semble utile et efficace dans le cadre de l'auto-suggestion ou de l'hypnose des foules pour passer outre l'erreur de casting manifeste ou créer un malentendu...



Aboulie (n.f.) (gr. a privatif, boulia = "volonté").
Trouble mental caractérisé par une diminution considérable ou une disparition de la volonté.
Nos hommes politiques - de tout bord - souffrent manifestement d'aboulie dès qu'ils sont élus... ou bien, au mieux, de procrastination, au pire, d'orchopercussion dans la mesure où l'objectif n'était que de se faire élire...



Compendium (n.m.)
Abrégé d'une science, d'un domaine. Donne l'adjectif compendieux et l'adverbe compendieusement.
















































Quelques rappels...

Art : Discipline où le travail de l'esprit tient la plus grande part et suppose la maîtrise d'une technique.

Culture : Développement de certaines facultés de l'esprit par des exercices intellectuels appropriés. Par extension, ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement.
















Remarques

Ne voyez pas dans cette page une tentative de combat contre l'analphabétisme galopant actuel.
Ce combat est perdu d'avance, nos soi-disant élites étant complices.

Je n'estime pas forcément que les mots ci-dessus méritent d'être connus.
J'estime juste qu'ils ne doivent pas mourir. De quel droit ? Je ne sais pas... Peut-être un certain pédantisme totalement assumé... :o)

Mes sources sont la vie, les livres, la toile (remerciements pour quelques figures de rhétorique à http://perso.wanadoo.fr/wronecki/frederic/figures/figures.htm)...



N'hésitez pas à me faire part de mots "inconnus" à sauver...
janus@free.fr

Maison
Page Personnelle de Bernard SERRES
créée le 1er Août 2000
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